Les efforts de migration inclusive pour le développement local ont besoin des femmes et des filles!

Joanne Irvine
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Mercredi, novembre 25, 2015 - 12:45

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Nous célébrons aujourd’hui, 25 novembre, la Journée Internationale de Lutte contre les Violences faites aux Femmes. Au cours de la réunion plénière de la 83ème Assemblée Générale de l’ONU qui s’est tenue le 17 décembre 1999 à New York, l’Assemblée Générale a souligné sa préoccupation concernant les violences faites aux femmes et a indiqué leur impact négatif sur l’égalité, le développement et la paix. En effet, comment peut-on imaginer une croissance inclusive et durable si la moitié de notre population reste marginalisée, moins bien payée, sujette à la violence, et à la violence sexuelle, pour ne citer que quelques uns des problèmes ? L’Assemblée Générale a ainsi adopté la résolution 54/134, laquelle invite les gouvernements, les agences et autres organisations internationales concernées de sensibiliser, chaque 25 novembre, le public au problème des violences faites aux femmes.

Source : ONU, 2015

En effet, selon les statistiques de l’ONU, un pourcentage alarmant de 35% des femmes ont subi des violences physiques et/ou sexuelles par un partenaire intime ou des violences sexuelles par une autre personne au cours de leur vie. Les formes de violence comprennent la violence physique, la violence psychologique, la violence sexuelle, la violence domestique, la traite des être humains, et la discrimination. La résolution 54/134 reconnaît aussi, à juste titre, que les femmes réfugiées et migrantes sont d’autant plus vulnérables et susceptibles d’être victimes de violence. Ainsi, si le chiffre de migrants internationaux dans le monde atteint 232 millions, dont 48% de femmes, on compte alors plus de 111 millions de femmes et filles migrantes qui sont doublement dans le besoin d’une protection spécifique et urgente et d’attention, en tant que migrantes, et en tant que femmes et enfants.

La migration est certainement un phénomène global, mais les facteurs et impacts de la migration se font le plus ressentir au niveau local. Cela se reflète dans la dimension local-à-local par laquelle les tendances migratoires montrent que les migrants originaires de la même ville ou région d’un pays tendent à se concentrer dans la même zone géographique du pays de destination. Les autorités locales, en particulier, deviennent de plus en plus responsables de plusieurs aspects liés à la migration allant de la planification urbaine en lien à l’intégration, la réintégration, la protection légale, l’éducation, l’ordre public, le développement économique et la santé. Cela est d’autant plus important que plus de la moitié de la population mondiale vit aujourd’hui en zone urbaine avec une majorité de migrants et de populations déplacées se dirigeant également vers les zones urbaines. En effet, on estime que près de 60% des 14,4 millions de réfugiés et 80% des 38 millions de personnes déplacées vivent en zone urbaine. Pourtant, un manque de compétences, de capacités, de ressources et de soutien depuis le niveau national peuvent entraver sérieusement les efforts des autorités locales pour une gestion de la migration pour le développement local.

Le rôle clé des autorités locales dans la gestion de contextes migratoires locaux uniques peut être observé dans le cas d’Upala, au Costa Rica, zone d’immigration et de transit à la frontière du Nicaragua. Cette commune accueille de nombreux migrants nicaraguayens, à la recherche d’opportunités d’emploi, d’un accès aux services sociaux et à de meilleures conditions de vies, et est le lieu de travail de nombreux autres nicaraguayens qui traversent la frontière chaque jour pour gagner leur vie, vivant ainsi dans un contexte transfrontalier. Ces migrants, et plus particulièrement les femmes migrantes, sont exposés à la violence, à de la violence sexuelle et liée au genre, à l’exploitation et à l’absence générale d’un accès aux services sociaux, à la justice et à la protection.

C’est dans ce contexte que l’ICMD, qui vise à maximiser le potentiel de la migration pour le développement local par un appui ciblé aux autorités locales et aux acteurs non-étatiques, soutient l’autorité locale d’Upala dans sa protection des femmes contre la violence dans la région frontalière entre le Costa Rica et le Nicaragua. A travers le projet intitulé : « La migration comme facilitateur pour le développement humain inclusive », un mécanisme multi-acteurs de réponse rapide à été mis en place pour protéger et assister les femmes migrantes et autres femmes victimes de violence. A ce jour, le mécanisme à permis la protection et la formation d’au moins 58 femmes dans 36 communautés. Afin d’appuyer davantage le développement économique et social de ces femmes, le projet fournit une assistance financière et technique aux femmes qui créent leurs propres entreprises.

Maison des Droits de la Femme à Upala. Source : Cenderos

En outre, le projet soutien les autorités d’Upala pour améliorer leur modèle de gestion de la migration transfrontalière par des formations, une assistance technique et financière, aidant les autorités à gérer ce contexte migratoire spécifique. Par sa promotion et par la collaboration avec les autorités nationales, l’autorité locale d’Upala est parvenue à obtenir un statut migratoire ‘transfrontalier’ s’appliquant à de tels migrants et leur permettant un accès aux services et à plus de protection. En d’autres termes, le projet vise non seulement à la protection des femmes sur le court terme mais également à appuyer les femmes sur le long terme en renforçant leur potentiel pour leur propre développement leur pouvoir et autonomie en leur proposant des options de moyens de subsistance et en les sensibilisants aux droits et services qui leurs sont accessibles. Le projet aide aussi les femmes à s’organiser et à prendre part aux agendas de développement de la communauté où les jeunes et les femmes ont été formés à effectuer une simulation de consultation participative avec la population dans chacun des districts.

Etant donnée la complexité des tendances migratoires où il existe, y compris dans un même pays, différentes zones et communes aux contextes migratoires et socio-économiques qui diffèrent, il est apparent que les autorités nationales ne peuvent prétendre gérer la migration pour le développement sans une pleine participation des autorités locales et régionales qui ont une meilleure compréhension des besoins de leurs territoires et qui sont les mieux placées pour réagir et fournir des services et un appui au niveau territorial. Le projet Upala en est un bon exemple. En outre, nous, praticiens de la Migration et Développement, rappelons toujours que les migrants doivent être impliqués dans le développement et la mise en œuvre des processus de développement local, pour éviter qu’une large partie de la population soit abandonnée. Abandonner qui que ce soit, dans ce contexte, signifierait qu’aucune autorité ne pourrait espérer promouvoir une croissance inclusive et le développement.

Cela a bien été reconnu, et de façon claire dans le nouvel Agenda 2030 pour le Développement Durable lequel a pour objectif de garantir que personne ne soit abandonné. On peut bien en dire de même y compris dans les efforts de migration et développement. Si nous ne prêtons pas attention aux besoins spécifiques des femmes et filles migrantes, c’est-à-dire de la moitié de la population migrante, nous n’aurons alors accompli que la moitié de notre tâche de faire contribuer la migration au développement. Bien que le travail mené à Upala soit une source d’inspiration, il s’agit d’une goutte d’eau dans l’océan en comparaison avec ce qu’il reste à faire. Pourtant, nous sommes sur la bonne voie, avec un objectif entier lié à l’égalité des genres ainsi que la reconnaissance du potentiel de la migration pour le développement parmi les nouveaux Objectifs du Développement Durable, la communauté internationale ouvre la voie pour garantir que les femmes et filles migrantes ne soient effectivement pas lésées. Il ne nous reste plus, maintenant, qu’à reconnaître et soutenir le rôle clé des autorités locales pour y parvenir.

Pour savoir plus sur Upala, consultez la « Réflexion sur Upala, Canton Defenseur des Droits des Femmes à une Vie Exempte de Toute Violence. Un Canton Qui Apprend, Un Canton Qui Enseigne » écrit par la présidente de CENDEROS  pour la commémoration de la Journée Internationale pour l’Elimination de la Violence à l’égard des femmes.

Source : ONU Femmes, 2015

 

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